« Ma fille en CP ne sait toujours pas lire, il y a eu trop de jours sans maîtresse »

manifestation

Le Parisien - Mercredi 13 avril 2016

« Ma fille en CP ne sait toujours pas lire, ni écrire », commence Karima, mère d’une élève scolarisée à l’école Langevin à Dugny. « Il y a eu trop de jours sans maîtresse pour qu’elle apprenne.
Beaucoup de ses camarades ont les mêmes difficultés. C’est une classe entière qui est sacrifiée. » Comme dans près de 200 autres primaires et maternelles de Seine-Saint-Denis, les parents d’élèves du groupe scolaire Langevin-Curie ont occupé, ce mercredi, l’établissement pour protester contre le non-remplacement des instituteurs absents.
Une mobilisation à l’appel de tous les collectifs et associations de parents du 93. Ils décrivent une situation « alarmante » avec une moyenne de 400 classes sans enseignants chaque jour dans le département. Un chiffre non confirmé par l’Education nationale qui insiste : « 110 postes en plus, dédiés au remplacement, seront créés à la rentrée. »
A Dugny, Karima poursuit : « Au début, j’ai pris des congés pour garder ma fille lors de ces jours d’absence à répétition, mais au bout d’un moment, ce n’était plus possible par rapport à mon travail. Alors quand il n’y a pas d’instit, les enfants qui ne peuvent pas rester chez eux, comme elle, sont dispatchés dans les autres classes. Cela perturbe tout le fonctionnement de l’école. »

« Les familles ont déjà des difficultés et on renforce la précarité »

Les parents d’élèves ont comptabilisé 150 jours sans prof au sein de l’élémentaire de 13 classes depuis septembre « C’est une injustice, dénonce une grand-mère, inquiète pour ses petits enfants. Les familles ont déjà des difficultés, on renforce encore la précarité et tout le monde s’en fiche, comme si nos enfants, c’est rien, perdus d’avance ! »
Le maire (LR) de Dugny, André Veyssière, est venu soutenir ces parents « en souffrance ». « Si nos gamins loupent le CP, c’est toute une scolarité qui est compromise, c’est leur avenir, leur vie qui est en jeu. » Il précise un chiffre : 70 % de logements sociaux à Dugny, « un contexte économique difficile qui touche de plein fouet notre population et plus généralement celle de Seine-Saint-Denis. Pour lutter contre cette situation, la réussite éducative de nos enfants doit être un enjeu absolu. L’Education nationale se doit de mesurer la gravité du problème et l’urgence à agir. »